
INTERVIEW. Jean-François Prud'homme, politologue canado-mexicain, coordinateur général du Collège de Mexico, analyse la crise pour «Libération».
Par Babette STERN
LIBERATION.FR : Mercredi 6 septembre 2006 - 16:27
Mexico, de notre correspondante
Après la décision du Tribunal fédéral électoral de déclarer le candidat de la droite, Felipe Calderon, vainqueur de la présidentielle du 2 juillet, le leader de la gauche, Andres Manuel Lopez Obrador, continue à contester les résultats. Jean-François Prud'homme, politologue canado-mexicain, coordinateur général du Collège de Mexico, analyse la crise pour «Libération».
Comment expliquer les ratés de ce scrutin ?
Ce magnifique appareil n'était pas préparé pour faire face au test que représentait un résultat de moins d'un point entre deux candidats.. C'est un problème partout dans le monde mais qui se règle quand il existe un niveau élevé de confiance dans les institutions politiques et judiciaires. Ce n'est pas le cas au Mexique.
Pourquoi ?
La culture démocratique n'y est pas encore consolidée. La méfiance entre les acteurs existent parce qu'il y a la mémoire. La plupart des hommes politiques ont été formés aux époques antérieures, ils ont commencé leur carrière dans un contexte où les conditions démocratiques n'existaient pas. Les partis sont des franchises auxquelles les hommes politiques se rallient lorsqu'ils ne sont pas satisfaits de l'évolution de leur carrière au sein de l'un d'eux. L'opportunisme politique disqualifie la classe politique auprès de l'opinion.
Que cherche aujourd'hui la gauche ?
Lopez Obrador est à l'aise sur le terrain de la mobilisation sociale qui lui a réussi par le passé. Il croit au contact direct avec le peuple, à une justice immanente, qui ne passe par des institutions forcément à la solde du pouvoir en place.
Le président Fox a-t-il joué un rôle dans cette crise ?
Vicente Fox représente le premier président de l'alternance au Mexique mais il n'a pas été assez prudent lors de la campagne électorale. Son action peut être considérée comme légale mais il aurait dû être davantage conscient de la fragilité des institutions démocratiques et s'imposer un comportement exemplaire.
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